Conception et réalisation de mobilier original en acier

Fred Gaillard

Mon travail est d'offrir au mobilier une certaine dimension fabuleuse, c'est à dire de l'inviter dans une histoire qui le transporte dans un univers plus vaste, plus riche, plus poétique afin que la beauté puisse participer à nos vies, à nos volontés intérieures.

Après avoir pratiqué la sculpture depuis un exercice figuratif jusqu’à un minimalisme d’assemblage d’objets industriels en passant encore par d’autres gestes moins définissables, je suis revenu depuis quelques années à mes premiers engagements professionnels et artistiques en reprenant le chemin jamais vraiment abandonné de la métallerie.

Formé en partie par l’industrie et l’artisanat et d’autre part par mes propres recherches, j’ai eu le désir comme on relancerait des dés de reprendre cette activité depuis des images et des impressions glanées durant mon parcours au sein de l’art contemporain. Dans cet univers foisonnant de formes et d’idées les regards critiques et obliques questionnent profondément le statut des objets et des matières élevées au rang d’œuvres d’art par le geste de l’artiste. Cet état d’esprit mais aussi d’âme entre contemplation, action et interrogation est resté comme une philosophie, un mantra et un exercice d’ordre pratique dans mon domaine désormais transfuge du mobilier de notre siècle.

La dimension d’usage du mobilier m’offre désormais non pas une contrainte, une certaine lourdeur dans son ingénierie, mais bien au contraire une défiance à cet endroit récompensée par la double présence à la fois esthétique et pratique d’un meuble s’inscrivant dans la profondeur d’un réel d’usage, de proximité, voire de sensualité dans un corps à corps absent de l’Art qu’on ne touche pas.

A une certaine distance de la forge au langage baroque et,constitué par des siècles de recherches et une culture formelle fabuleuse, la métallerie rompt avec cette esthétique parfois massive et encombrée. Cette volonté d’épure m’offre une voie de type spirituelle dans le sens d’un certain dépouillement. Mais poussée dans ses derniers retranchements dans des postures de principe cet allègement est devenu parfois douteux à force d’alibis productifs et de fait peu convaincants sur le plan philosophique et esthétique. Le renouveau baroque, expressionniste et féminin poussait à la porte face à une caricature de la modernité qui a fini par faire passer le simplisme technico-commercial opportuniste et le bouddhisme de supermarché pour du minimalisme ou du suprématisme. Less is less sometimes.

Mark Brazier Jones, Garouste/Bonetti et feu André Dubreuil inaugurent cette rupture de principe et renouent avec le libre exercice poétique et stylistique des deux côtés de la Manche. Suivi à l’époque par cette merveilleuse galerie «Néotu» près de Beaubourg un vent nouveau soufflait dans les années quatre-vingts-dix attisant par ailleurs les arts du feu comme la céramique et la forge, deux arts fabuleux alors passés de mode.

Appartenant moi même à cette culture 80’s rétrospectivement assez sèche à mes yeux mais néanmoins réjouissante à l’époque et nécessaire pour le développement grand public du mot design comme univers de recherche et du “less is more” comme affranchissement, j’ai, contre ma propre culture je dirais, commencé à ouvrir, par épuisement formel en quelque sorte, mon travail à l’ornementation, à la matière brute, à l’accident relatif, au mouvement subtil du chaos et à l'immense catalogue historique formel de la forge capable tout autant de la puissance d’Héphaïstos que de la délicatesse de Vénus. La folie reprend dès lors ses droits sur l’ordinateur ce faiseur d’ordre et coupeur de mains habiles.

La métallerie offre par sa position entre industrie et artisanat une esthétique aux principes créatifs du fait de sa double culture. Sens de la nouveauté, maîtrise et dynamisme des processus, variété des savoirs techniques et une vigilance particulière quant à la surcharge formelle. L’historicité vivante et curieuse dans le domaine du meuble regardant le passé fabuleux des techniques et des formes, tant dans ce métier que dans celui des arts en général, lui offre une réalité et une actualité éclatante au sein de la création contemporaine.

Dans ce contexte général et particulier, j’apporte ici quelques propositions d’objets conçus et réalisés dans un exercice de curiosité, de recherches et de trouvailles qui sont comme autant de joies pour le premier spectateur que je suis. Chaque objet fait un peu monde en ce sens où je ne pratique pas un style très défini, répétitif qui assurerait une marque déposée dont l’intérêt m’échappe un peu au-delà d’une maîtrise scolaire et commerciale de ses gammes. Chaque objet rebat donc les cartes. Le travail est là pour moi. Le plaisir aussi. Si la beauté est une surprise pour le spectateur l’artiste doit lui aussi se surprendre.

Fred Gaillard